Carburants : les paradoxes de l’administration française

Les Gilets jaunes ont lancé leur mouvement de protestation avec ça. La hausse des taxes sur le diesel. Une taxe écologique qui devait permettre une transition énergétique vers l’électricité. Mais, parce qu’il y a toujours un mais, le Diable une fois de plus se cache dans les détails…

On nous l’a dit et répété : les transports propulsés au diesel sont trop polluants, il faut passer à l’électrique si l’on veut sauver notre planète en piteux état. On nous a dit ça mais ce n’est pas pour autant que les carburants des camions sont surtaxés, ce n’est pas non plus pour ça que les fuels les plus sales vivent des hausses de prix dissuasifs. Non, les bateaux sont toujours alimentés en fuel lourd, ce qui pollue le plus en matière de carburant. Mais bon, on ne va pas s’arrêter à de telles broutilles. Les armateurs comme les compagnies maritimes – ou aériennes, utilisant un kérosène peu vertueux – ont de puissantes cohortes d’avocats pour défendre leurs intérêts et nul, dans l’Administration comme au sein de l’Etat, ne voudrait se confronter à eux. Il ne s’agirait pas de prendre le risque de se faire renvoyer aux oubliettes de l’histoire sur un claquement collectif de doigts des actionnaires de Total ou d’Air France.

Le citoyen lambda est bien plus facile à manipuler. Bien sûr, quand il déborde de frustration, il peut en venir à faire tomber des têtes mais on n’en est pas encore là. Tant qu’il en est à poser son gilet de sécurité sur le dessus de son tableau de bord et à klaxonner dans les ronds-points, on peut continuer à naviguer en paix dans la mer des mensonges. La houle reste acceptable et les rugissements de l’ouragan sont toujours derrière l’horizon.

Dans le monde si parfait de l’ami Ricoré…

Du coup, on continue de le lobotomiser à grands renforts de campagnes publicitaires, vantant les mérites sensationnels des voitures électriques qui vont changer le visage moribond de la terre en celui d’une verte planète où les petits zoizeaux, les lapinous, les nounours et les genti-zommes vivront en paix et respireront un air si pur. Pas les loups, hein, ils sont vilains, les loups. Quand la fée électrique sera passée par le petit trou des futurs EPR promis depuis si longtemps, vous verrez, tout ira pour le mieux dans notre meilleur des mondes possibles.

Si si, il y aura des turbines qui turbineront à la force des marées, des hélices qui tourneront à la force du vent, des trottoirs qui fabriqueront de l’électricité aux martellements des pas des piétons et, quand tout ça sera en place, les Fukushima, les Tchernobyl et même les EPR, ne seront plus visibles que dans les musées. Ah, nos lendemains qui chantent et qui arrivent à notre porte pour peu qu’on achète chacun sa voiture électrique… C’est beau comme le monde de l’ami Ricoré. Et ne ratez pas le coche, hein ; le changement, c’est maintenant !

D’ailleurs, pour vous aider à changer encore plus vite, on vous propose même des primes pour l’achat d’un véhicule électrique. Bon, 6 000 euros sur les 23 000 que coûte le moindre pot de yaourt, ce n’est pas lourd (pour une plus cossue Tesla S, il faudra se délester de 91 200 € à 153 800 €) mais quoi, il faut aussi que vous fassiez des efforts pour échapper à ce méchant diesel, source de tous nos mots.

Se chauffer ou préserver la planète, il faut choisir

Et puis il y a l’autre source de pollution attaquable sans vergogne par nos dirigeants : le chauffage. Eh oui, vous rendez-vous compte ? Il y a encore des gens qui osent se chauffer alors qu’en hiver, il suffit de partir, en avion ou en yacht, dans sa résidence d’été de l’hémisphère sud ! Et même, parmi ceux-là, il y aurait des gens qui se chauffent au bois ou au fuel. Un scandale, ma brave dame ! Ceux-là aussi sont tellement stigmatisés qu’ils finissent par avoir honte de leur comportement et s’endettent pour changer de mode de chauffage.

Il faut dire que quand votre cheminée fumante se retrouve en photo sur les réseaux sociaux, placée là par des collabos d’un nouveau genre vomis par notre nouveau monde si prompt à dénoncer son voisin sans même savoir si la source de ladite fumée est bien le fruit de la consumation de bûches dans un foyer ouvert (déconseillé) ou le résultat de la chauffe par un poêle à granules de bois (vivement conseillé) , on a tôt fait de se sentir coupable…

Bref, notre méchant pollueur va changer de mode de chauffage. Il va d’autant plus le faire que la mère Patrie lui octroiera une subvention pour alléger le coût de sa prise de conscience écologique. Et comme il n’est pas encore totalement décérébré, il va se connecter aux essais comparatifs sur ses sites préférés, pour faire son choix. Et va forcément regarder les prix. Et va commencer à déchanter.

Comme il est particulièrement bien isolé, il va rapidement se rendre compte que la chaudière électrique est plutôt alléchante, question prix d’achat et facilité d’installation. Bien moins chère (un doux euphémisme) qu’une chaudière à granules avec son silo et sa vis sans fin d’alimentation. Et comme le gaz de ville n’a pas encore atteint son quartier, la question ne se pose pas. « Bon, eh bien c’est réglé. Avec le foin que fait l’Etat pour que tous les automobilistes passent à l’électrique, ma demande de subvention écologique pour ma nouvelle chaudière va passer comme une lettre à la poste ! », se dit notre Candide des arcanes énarques de nos décideurs. Grave erreur que de penser en bonne logique pour ce type d’affaires…

Une solution pourtant si simple…

Car voyez-vous, si l’Etat communique sans fin sur la transition écologique avec la propulsion électrique de toutes les voitures, c’est le gaz et le fuel qu’il subventionne en masse pour le chauffage ! Si, si, même si l’on sait que le fuel de chauffage (le même que pour les voitures mais moins cher) est nocif pour notre atmosphère et que le gaz naturel est un hydrocarbure au même titre que le pétrole dont est tiré le fuel, c’est l’électricité qui est montré du doigt pour le chauffage. Etonnant quand on sait que 100% de l’énergie électrique utilisée dans une chaudière électrique est convertie en chaleur…

Un contre-feu est aussitôt allumé. Les chaudières à condensation consomment moins que les chaudières classiques et donc, polluent moins. Oui mais dans ce cas, puisque notre beau pays vante depuis 40 ans son autonomie électrique grâce au nucléaire, ne dit-on pas que l’électricité nucléaire ne pollue pas du tout ? Il suffirait de baisser le prix de l’électricité de chauffage par rapport au prix de l’électricité domestique (ce qui se fait avec le diesel et le fuel domestique) pour que le chauffage individuel ne pollue plus du tout nos vallées, non ?…

Ah oui, c’est vrai, le lobby des hydrocarbures (Total en tête) ne serait pas content de voir se mettre en place une telle politique de transition écologique. La voiture électrique, c’est déjà douloureux, on ne va pas en plus lui rajouter le chauffage domestique !