Les vrais écolos ne sont pas ceux que nous pensons…

Si ce sont souvent les « catégories socioprofessionnelles plus » qui donnent des leçons de comportements écologiques et parlent du bio bien meilleur pour la planète, ne peut-on penser que les vrais écologistes sont ceux qui consomment le moins ?

Ah, les beaux discours des belles personnes des beaux quartiers. Ceux qui ont dans le garage la Lexus hybride pour se rendre au bureau et pour aller acheter les croissants, la Zoé électrique ou la dernière Smart EQ ; ceux qui ont un poêle à granules dans le salon, le chauffage au gaz et un contrat d’électricité verte. Qui mangent une fois par semaine de la viande achetée chez ce fameux boucher qui ne découpe que des bœufs qui broutent dans des prés non traités, qui vont à la ferme ramasser eux-mêmes leurs pommes de terre et cueillir leurs haricots verts. Ces gens qui se targuent de tout mettre en œuvre pour sauver la planète en ne portant plus de fourrures, en mangeant végétalien et en passant leurs vacances sur des catamarans king size sont-ils sérieux ? Croient-ils vraiment à leurs actions-pour-que-la-planète-soit-toujours-plus-belle ou sont-ils simplement dans une posture politiquement correcte ?

Si la planète va mal, c’est parce que nous consommons trop. Et qu’on n’aille pas dire que c’est la faute des pays émergents qui voient leurs populations accéder frénétiquement à tous les biens de consommation dont nous nous abreuvons depuis des décennies ! Parce que, jusqu’à preuve du contraire, les usines qui polluent le plus en Chine, en Inde ou au Brésil, sont aussi celles qui exportent leurs productions vers les pays riches de l’Occident. Et vous dites quoi encore, que les gens qui roulent en voitures diesel sont des dangers pour la planète ? Ah… Vous a-t-on expliqué que les deux tiers (68 %) des émissions de gaz à effets de serre en France sont à attribuer au très méritant groupe Total ?

Mangez sain, mais sans gaspiller !

Nous consommons trop, nous autres Occidentaux. C’est chez nous et pas dans les capitales asiatiques que les gens sont capables de faire la queue des heures la nuit, pour acquérir le dernier IPhone… avant ceux qui iront fébrilement l’acheter mais seulement le lendemain matin. C’est chez nous et pas dans les mégalopoles sud-américaines que la grande distribution remplit chaque jour des bennes à ordures de produits encore consommables plutôt que de les offrir aux plus démunis. Et c’est aussi chez nous et pas dans les pays africains que chaque personne jette en moyenne 20 kg de nourriture encore mangeable par an (400 grammes par personne et par jour pour les Américains !).

Et vous savez quel est le plus grand paradoxe en la matière, révélé par la chercheuse Meredith Niles, professeure à l’université du Vermont ? Ce sont les meilleurs aliments qui sont les plus gâchés. « Les régimes alimentaires de meilleure qualité qui sont basés sur de plus grandes proportions de fruits et de légumes, sont gaspillés en plus grande quantité que les autres produits. (…) Manger sain est important et est source de nombreux bénéfices, mais plus nous suivons ces régimes, plus nous devons être conscients du gaspillage alimentaire », explique-t-elle à un confrère du journal Ouest-France.

Il n’y a pas de comparaisons à faire entre celui qui roule dans un véhicule diesel et celui qui achète et renouvelle son matériel high-tech de façon compulsive. Pas plus qu’entre celui qui passe ses économies dans une croisière en paquebot géant et tel autre qui privilégie les vêtements synthétiques à ceux en cuir. Mais il y a des données à ne pas oublier.

Le diesel pollue en particules fines mais en la matière, la voiture électrique n’est pas en reste du fait d’une plus grande sollicitation des freins. Sans parler de ses batteries non recyclables et de sa voracité en métaux rares (lire ici). Le voyage en avion est polluant mais que dire des bateaux de croisière et de leur capacité de nuisance atmosphérique (voir ). Protéger les animaux des dérives humaines, c’est très louable (regardez iciet ) mais le synthétique et la pétrochimie détruit bien plus la biodiversité que le boucher du quartier, sans parler des mômes de 6 ans qui fabriquent des chaussures de sport synthétiques quand d’autres vont à l’école.

Alors, tout ceci posé et les bien-pensants remisés dans les salons parisiens, une question se pose : les vrais écolos ne sont-ils pas ceux qui, faute de moyens, vivent chichement et font durer leurs affaires ? Qui s’est demandé s’il valait mieux changer régulièrement de voiture pour un véhicule toujours plus propre plutôt que conserver le plus longtemps possible sa vieille trapanelle ? Car si la vielle voiture pollue plus que la dernière-née de la même marque, la construction de ladite dernière-née et le recyclage des précédentes n’est pas une quantité négligeable dans le cycle de pollution d’un véhicule, et il se pourrait bien que les évidences en prennent un coup.

Tordre le cou aux incitations financières à la consommation

Une donnée de base : la construction d’une voiture, c’est une émission moyenne de 15 tonnes de CO2.

Dans le premier cas (celui du « riche »), le véhicule que vous changez a 100.000 km et que vous souhaitez remplacer, consomme 8 litres aux 100 km, en conditions réelles. Ceci correspond à 185 grammes de CO2 par kilomètre (185 g/km), soit 18,5 tonnes dégagées depuis que vous roulez avec. Vous visez une Peugeot 308 essence, annoncée à 106 g/km et CO2, avec une consommation de 4,5 litres aux 100 km. La première chose à savoir est que la compacte sera bien loin de cette valeur en conditions réelles mais plutôt autour des 6,5 litres, soit 150 g/km de CO2(données Caradisiac). Sur 100.000 km effectués, nous arrivons à un total de 15 tonnes dégagées. Emissions totales de CO2 sur 200.000 km : 18,5 t (ancien véhicule sur 100.000 km) plus 19,2 t (production de la nouvelle 308) plus 15 t (émissions de la nouvelle voiture sur 100.000 km). Cela nous fait un total d’émission de 52,7 tonnes.

Pour le deuxième cas (celui du « pauvre »), vous conservez votre voiture jusqu’à ses 200.000 km. Votre véhicule, qui a été acheté neuf, consomme donc ses 8 litres tous les 100 km. Sur 200.000 km, cela équivaut à 37 tonnes de CO2 dégagées. Même si votre voiture consomme un litre et demi de plus tous les 100 km qu’une voiture essence plus récente, vous avez émis 15 tonnes de moins que la personne qui a changé pour un véhicule plus propre. Alors imaginez pour ceux qui changent tous les 50.000 km, ou encore ceux qui roulent dans des voitures marquant plus de 500.000 km parcourus aux compteurs, et que la société de consommation montre du doigt comme de gros pollueurs…

Et si nous pensions « déconsommation » ?…

Il en va de même pour les smartphones, les ordinateurs, les tablettes et autres appareils si gourmands en métaux rares, extraits dans les pays les plus pauvres de la planète par des gamins qui risquent leurs jeunes vies pour quelques misérables piécettes. Idem pour les dernières baskets de telle marque connue, réputées bien mieux que celles de l’année précédente, qui de toute façon ont les coutures déjà bien faiblardes et les semelles très usées. La société, la publicité, l’Etat même, nous vend de la consommation, nous incite par des subventions pour acheter du neuf et nous, naïfs, courrons nous jeter compulsivement sur des objets que nous possédons parfois en multiples exemplaires dans nos tiroirs…

Tout cela renforce la thèse de la déconsommation. Non pas celle quasi religieuse que certains extrémistes aimeraient nous faire adopter, mais plutôt à la manière de nos grands-parents (ou des moins nantis) pour qui une voiture doit rouler jusqu’à sa belle mort, pour qui un téléphone sert d’abord à téléphoner et pour qui des restes dans un frigo peuvent encore permettre de cuisiner un ragoût ou une soupe plutôt que d’aller à la poubelle.