Révolution : l’histoire ressert-elle les plats ?

Avec le durcissement de l’action des Gilets jaunes, passant des quolibets aux pavés, certains n’hésitent plus à évoquer une révolution. En est-on vraiment là ?

Des préfectures qui brûlent, des monuments d’Etat dégradés, des forces de l’ordre dépassées… Le peuple gronde son exaspération, sa souffrance, sa colère, et dans le même temps, par un coup du sort cynique du carnet de commande, le couple présidentiel ponctionne 500.000 euros dans le budget pour remplacer les rideaux et les coussins du palais.

Alors fatalement, on est tenter de rapprocher cela de la petite phrase d’une reine ingénue et sans tête : « Le peuple n’a plus de pain, qu’il mange de la brioche ! » Une tirade qui peut aussi se décliner en affaires de locomotion : « Ils roulent dans de vieux diesels poussifs de plus de 15 ans, qu’ils achètent des Tesla électriques ! » Ou peut-être en matière d’habitat : « Ils chauffent au fuel et au bois leurs masures mal isolées, qu’ils passent à l’électricité et au triple vitrage ! »

Quand le pouvoir efface la vraie vie

Est-il encore nécessaire de poser le calcul du reste à dépenser du salarié qui touche une paye « classique » de 1500 € et qui vient de régler son loyer (ou son crédit mensuel immobilier), son eau, son électricité, ses assurances, éventuellement le loyer de son enfant étudiant et toutes ces petites choses – dont ses impôts… – qui ternissent sa vie ?
Il semble bien que la force des répétitions n’ait pas de prise dans le Landerneau des dirigeants, quand bien même l’histoire est passée par là avec son lot de révoltes sanglantes et de révolutions dévastatrices. Le pouvoir paraît agir comme un voile pudique jeté sur le désespoir tranquille que vit la masse des gens. Une situation bien confortable pour qui préfère le jet privé à la seconde classe d’un TER (qui n’existera bientôt plus), le yacht rutilant au camping des Flots bleus et les ors des palais de la République aux cages à lapins des banlieues.
La recette est simple, pour vivre en paix dans les ghettos à milliardaires. Un, lobotomisez le peuple grâce à l’outil de déstructuration neuronal massif qu’est la fée cathodique. Deux : vous suscitez le besoin d’acheter tel écran concave ou tel autre double-décimètre à vapeur ; peu importe l’objet, ce qui compte c’est l’envie irrépressible d’un produit rendu accessible après quelques efforts d’économie ou mieux, en contractant un emprunt. Trois, vous créez des ruptures de stock pour bien marquer la rareté et créer le besoin compulsif. La suite coule de source. Les gens fabriquent ce qui les ruine dans les usines de ceux qu’ils envient. Et ça fonctionne depuis des décennies. Sauf que depuis quelques semaines, il n’est plus si tranquille que ça, le désespoir…

Jupiter entend-il ?

Il est comme ça le peuple. Patient, endurant, confiant dans ses dirigeants. Et puis un jour, sans crier gare, il explose. C’est toujours comme ça quand la pression est trop forte et que la soupape n’est pas actionnée de temps en temps. On croit que ça va encore tenir et on rajoute une taxe par-ci, une contrainte par-là. Et paf ! La cocotte explose en dévastant tout sur son passage, sans discernement. Demandez donc aux patriciens romains comment ça s’est terminé pour eux… Demandez à la noblesse française combien de têtes ont roulé sous la machine infernale du père Guillotin. On n’en est certes pas là mais quand les « gens qui ne sont rien » grognent, Jupiter et ses donneurs d’ordres (oui, la société moderne est pyramidale mais quand on croit être au sommet, on se trouve au pied d’une pyramide inversée, commandé par une kyrielle de banquiers, investisseurs, capitaines d’industries, etc.) doivent se montrer très prudents. Si les donneurs d’ordres savent se faire tout petits ces derniers jours, il semble que Jupiter n’a pas compris ce qui risque de se jouer après.
Mais bon, il faut bien changer les rideaux du palais. Et si tout pète, eux le feront dans la soie des nouvelles assises de leurs fauteuils… Louis XVI.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s