La croisière s’enrhume

Le gouvernement français, augmente les prix des carburants. D’ici 2022, le gazole sera taxé 23 centimes de plus par litre et l’essence 11,5 centimes de plus. Forcément, ça échauffe les consommateurs, qui voient les taxes s’ajouter aux taxes et les augmentations succéder aux augmentations, pendant que leurs salaires, eux, stagnent désespérément. Mais pourquoi le pouvoir en place cesserait-il cette escalade quand ses administrés ne mouftent pas, ployant sous ces nouvelles formes de brimades, tels les serfs des temps anciens ?

Encore que ce samedi 17 novembre, les citoyens sous la bannière des « Gilets jaunes » ont exprimé leur colère. Mais revenons à ce qui fait marcher l’économie : le carburant.  Quel joli levier que voilà, le carburant. Une denrée dont quasiment personne ne peut plus se passer, à moins de vivre en autosuffisance dans sa ferme reculée, et encore…

A moins d’habiter dans les environs immédiats de son usine, son bureau ou son magasin, sans carburant, l’ouvrier, le cadre, le vendeur, le cuisinier ou le maçon, ne peut se rendre au travail. Et n’allez pas rétorquer qu’il y a les transports en commun, ou alors c’est que vous n’êtes jamais sortis de Paname ! En province voyez-vous, que ce soit dans les petites villes ou dans les campagnes, la voiture est la seule alternative à… la voiture. Alors forcément, la loi du marché étant ce qu’elle est, pourquoi ne pas faire payer toujours plus cher ce dont personne ne peut se passer, c’est si tentant.

D’autant plus tentant que l’état de la planète fournit un argument imparable. La combustion des carburants fossiles pollue notre atmosphère et nos pauvres poumons ! L’idéal pour une petite campagne de « green washing »  bien rentable. Allons, allons, braves gens, si on augmente le carburant, ce n’est pas pour vous embêter ou faire rentrer de l’argent dans nos caisses si poreuses mais pour préserver vos poumons et notre chère Terre. Le produit de ces taxes supplémentaires est-il donc directement affecté à la transition écologique ? Pas vraiment. En 2019, l’Etat prévoit de prélever 37,7 milliards d’euros de TICPE (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques), soit 4 milliards de plus qu’en 2018. Mais le montant dirigé vers le compte spécifique de la « transition écologique » – qui doit notamment financer les énergies renouvelables – reste le même que l’an dernier : 7,2 milliards ou 19% du montant global. En clair, l’Etat renfloue ses comptes sur le dos bien vert d’un changement de paradigme pour une planète plus propre.

Pour résumer la situation, soit vous profitez des aides de l’Etat et refourguez votre vieille guimbarde pour rouler électrique, soit vous prenez les transports en commun… ou allez à pied. D’ailleurs, pour bien vous faire comprendre quel paria vous êtes, on va vous coller une belle vignette Crit’air – payante, il n’y a pas de petits profits. Bouh le pollueur, lapidez-le ! Ah, la vignette stigmatisante, ça rappelle de drôles de choses, pas si drôles… Mais tous ces bienveillants savent-ils que tout le monde n’a pas les moyens de sortir 20.000 € (au minimum) de son portefeuille pour s’acheter une voiture électrique ? Ont-ils calculés combien de gens devront galérer pour aller au boulot chaque matin si leur vision d’avenir devient réalité ? Ont-ils calculé où menait le tout électrique (voir ici) ? Mais surtout, se sont-ils seulement préoccupés de la globalité du problème, à l’échelle de la planète ?

Nous sommes tous les occupants d’un espace fini circulant dans l’espace infini, la Terre. Ce qui veut dire qu’une pollution émise à Bogota impacte aussi bien Paris, Hong-Kong ou Bab-el-oued que Chamonix. Mais dans ce cas, pourquoi taxer les petits automobilistes sans défense plutôt que d’autres pollueurs bien plus considérables ? La réponse est dans la question, les petits-rien-du-tout n’ont pas de moyens de pression. Ce ne sont pas eux qui vont menacer le gouvernement de mettre quelques milliers de personnes au chômage s’il vient les chatouiller de trop près ! Il y aurait pourtant quelques leviers simples pour limiter la pollution atmosphérique ; des leviers qui ne dérangeraient en rien la bonne tenue des sociétés développées occidentales comme orientales.

Prenons les bateaux de croisière ; Vous savez, ces monstres d’acier ressemblant à des HLM flottants, transportant des milliers de vacanciers qui n’ont rien d’autre à faire que de dépenser 11 mois de petites économies dans les casinos du bord ou dans les échoppes privilégiées des courtes escales. Ces grosses bêtes énergivores brûlent du fioul lourd, peu cher, très chargé en soufre, qui expose directement la population des villes visitées. Puis les particules fines émises par sont ensuite envoyées vers l’intérieur des terres par le vent marin. Un peu plus, un peu moins, direz-vous… Si ce n’est qu’en une journée, chacun de ces géants des mers pollue autant qu’un million de voitures ! Ce sont les conclusions d’une enquête réalisée par des journalistes d’investigation du Guardian. Et même à quai, ils arrivent encore à polluer autant que 300.000 à 500.000 voitures. Pensez, un monstre comme le «Harmony of the Seas» (compagnie Royal Caribbean), avec ses 6.360 passagers et ses 2.100 membres d’équipage, brûle quotidiennement pas moins de 250.000 litres du diesel le plus polluant au monde !

Bien sûr, il ne saurait être question de supprimer le transport maritime indispensable à nos vies sur consommatrices (et ce même si, pour la seule Europe, la pollution de l’air qu’il produit est responsable de 50 000 à 60 000 morts par an selon les études, soit l’équivalent de la totalité des habitants de Valence ou de Chambéry), mais ne pourrait-on pas se départir des bateaux de croisières de plus de 300 mètres ? Pensez, ils sont 38 paquebots géants à sillonner les océans et les mers du monde actuellement et on en prévoit 80 d’ici 2024, sans parler des centaines de paquebots à peine plus modestes qui naviguent autour du globe…

En stoppant seulement ces 38 géants-là, ce serait comme si le parc automobile français disparaissait ! Un beau rêve d’une Terre plus saine, non ? Et sans toucher à une seule voiture de particulier. De quoi satisfaire les gilets jaunes comme tous les autres…

1 commentaire

  1. Merci pour ces articles qui posent bien les problèmes et appellent à une reflexion plus profonde , à des solutions plus réfléchies en prenant en compte les causes et les repercusions de chaque action.

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