Une affaire qui ne manque pas de sel

Alors que la commission d’enquête parlementaire consacrée au sel dans l’alimentation doit rendre ses conclusions en ce mois de septembre 2018, est déjà évoquée la piste d’une taxe sur les aliments à haute teneur en sel.

L’idée ne semble pas mauvaise, annoncée sans autre explication. Forcer l’industrie agro-alimentaire à réduire la quantité de sel dans les plats cuisinés en la frappant au porte-monnaie, une riche idée ! Oui mais, car il y a forcément un « oui mais »…

Dans le flou flot d’informations, la majorité des consommateurs auront sans aucun doute manqué le Diable ; vous savez, celui qui se cache dans les détails. Dans leur infinie sagesse, les membres de la commission parlementaire ont proposé que la punition des industriels trop prompts sur la salière se traduise par une augmentation du prix facial du produit. Là, c’est plus clair ? Non ? Bon.

Et là : c’est le consommateur qui va payer l’abus de sel des fabricants.

Nous vivons une époque moderne où le progrès fait rage et le cynisme est élevé au rang de parole biblique.

Il n’y a rien de nouveau dans cela, puisque le même procédé a déjà été mis en place avec la très fameuse « Taxe soda ». Dès lors qu’il y a trop de sucre dans une boisson, elle coûte plus cher. Et comme l’industriel est réactif à la moindre situation de flou législatif, le géant étasunien de la boisson gazeuse en a profité pour, non seulement augmenter les prix de ses produits et dans le même temps réduire très légèrement la contenance de ses bouteilles et autres canettes. Où il y a de la gêne, hein… Grâce à cette loi miraculeuse, Coca-cola gagne encore, et sur tous les tableaux.

Alors demain, ou après-demain, lorsque les députés auront voté cette gabelle des temps modernes, les amateurs de plats cuisinés issus de l’industrie agro-alimentaire devront jeter un œil critique sur le poids net de leur préparation préférée. Déjà qu’ils sont punis parce qu’ils aiment manger des plats qui ont du goût – attention, je ne dis pas de bons plats, je dis juste qu’à ingrédients équivalents, le sel étant un exhausteur de goût, il aura augmenté l’intensité de la perception gustative du consommateur -, ils risquent de payer bien plus cher pour bien moins de produit. Sans goût. Faut-il ajouter que ces plats cuisinés ciblent bien entendu les bourses les moins garnies, les autres préférant se sustenter avec des produits de chez Fauchon ? Non hein, ce serait faire un mauvais procès…

Ce qui est sûr en revanche, c’est que les agro-industriels tremblent déjà à l’idée de voir cette loi promulguée. A moins que ce soit la peur de la voir rejetée. Quelle déception ce serait, quand même…