Halte à l’exploitation animale !

C’est le cheval de bataille (si l’on peut encore s’exprimer ainsi…) du moment.

« Non à l’exploitation des animaux sauvages ou domestiques dans les cirques ! »

Et les raisons invoquées ne manquent pas. Ils voyagent en cages dans des camions, ils vivent parfois sur des parkings goudronnés durant la saison des cirques, ils sont mal nourris, ils manquent de liberté, ils permettent à leurs propriétaires de gagner de l’argent, ils sont contraints à faire des exercices qui ne leurs sont pas naturels, ils sont parfois maltraités et mal soignés, etc. « Arrêtez ça, boycottez les cirques avec des animaux ! », crient ou inscrivent sur les murs et les chaussées les passionarias de la cause animale, n’hésitant plus à déchirer rageusement les affiches des cirques et à faire barrage de leurs corps pour empêcher les chapiteaux de se monter.

En face, les saltimbanques de la piste aux étoiles ne sont pas en reste, invoquant le fait qu’ils respectent les lois et les prérogatives vétérinaires, assurant que leurs animaux font partie de la famille. « Cette lionne est dans le cirque depuis qu’elle est sevrée, m’affirmait il y a quelque temps le dompteur d’un cirque célèbre. Elle a vécu chez nous avec nos enfants jusqu’à ce qu’elle soit trop imposante pour rester dans la caravane. Comme un chien ou un chat. Alors parler d’animaux sauvages mal traités… »

Pour l’heure, dans les deux camps, on fourbit ses armes d’argumentations massives en attendant la grande confrontation, puisque l’Administration ne semble pas vouloir se prononcer sur cet épineux dossier. A qui donner raison : aux antis ou à la tradition du spectacle itinérant ? D’ailleurs, à qui donner raison et surtout, où s’arrête l’exploitation animale ?…

Si l’on interdit que des tigres sautent à travers des cerceaux en feu et que les lions ouvrent grandes leurs gueules pour accueillir des têtes de dompteurs, doit-on aussi interdire les chiens funambules, les spectacles équestres sous les chapiteaux ?

« Oui, bien sûr ! », crient en chœur les opposants à ces utilisations d’animaux.

Bien… Mais que fait-on avec le saut d’obstacle, le Cadre noir de Saumur, la Garde républicaine, l’hippisme, le ski-joering et même le canicross ? Que deviennent le débardage animal permettant de limiter la pollution en zone de montagne, les vendanges à cheval pour préserver les sols et la vie souterraine ou encore les chiens de traineau pour limiter les motoneiges dans le cercle polaire arctique ? Un yorkshire emmitouflé dans un manteau en laine écossaise est-il plus acceptable qu’un tigre né en captivité et gardé dans un enclos de fer au sol paillé ? Un matou à sa maman rendu obèse par trop de « confiseries pour chat » vaut-il mieux qu’un étalon portant une agile et fine écuyère de cirque ?

Il y a donc un curseur à positionner, dans cette petite affaire qui agite la France ces temps-ci. Le législateur, pour peu qu’il finisse par se pencher sur ce problème qui suscite cris d’orfraies et indignations de salons, devra faire preuve de manichéisme quand il faudrait jouer de finesse, de discernement et de connaissances approfondies en matière de tradition, d’histoire. Et, peut-être, je dis bien peut-être, du ressenti des animaux concernés au premier chef…