Histoire à déguster comme une sucrerie

Foie gras, viandes en sauces bien grasses, fromages coulants, vins gouleyants et sucreries à volonté. Joies et douceurs de l’été comme des fêtes de fin d’année, sans oublier Pâques, la communion du petit dernier, le mariage de la cousine ou le bac de la grande… Sucres par-ci, sucres par-là, suaves saveurs soulant nos papilles et souillant nos artères. Il  a tout souillé, notre plus fidèle ennemi. Tout du fond de notre estomac au sommet de nos relations humaines.

« De quoi parle-t-il donc ? », vous demandez-vous en lisant ces quelques lignes. Croyez-vous que le sucre soit né dans les bouteilles de sodas ? Le sucre a suivi à la trace le Coran, avançant au fur et à mesure des conquêtes musulmanes au fil de l’Histoire humaine. Et puis un jour, les Ottomans ont à leur tour eu quelques velléités de victoires autour de la Méditerranée, coupant la route du sucre à l’Occident. Et Christobal Collombo est allé planter en Hispaniola (les actuelles Haïti et Saint-Domingue), une canne à sucre transportée avec dévotion sur la Santa-Maria à travers l’Atlantique. Voilà un homme qu’on porte aux nues et qui a fait bien du mal, tout compte fait. Les autochtones des Amériques – du nord au sud – pourraient en témoigner s’ils n’avaient été décimés. Les Africains aussi.

La canne à sucre a tellement bien pris sur Hispaniola que la déforestation a commencé pour en planter toujours plus, pour combler de bonheur les papilles nobles de l’Occident, puis les bourgeois, puis le bas peuple. Alors les colons se sont installés en maîtres sur ces terres baignées de soleil et un commerce répugnant est né. Mais si, vous connaissez… Le commerce triangulaire qui ramenait par bateaux du sucre en Europe, ces mêmes navires appareillaient ensuite avec des produits de mauvaises facture pour l’Afrique occidentale où des chefs peu scrupuleux les achetaient en monnaie humaine, le fameux « bois d’ébène » qui remplissait les soutes des flottes faisant voile vers les Caraïbes et déchargeaient là-bas la main d’œuvre humaine réduite à l’esclavage pour s’occuper des plantation de canne à sucre. Ah, quelle belle horloge bien huilée, qui sacrifia des millions d’hommes et de femmes pour du sucre…

Et vous savez la meilleure ? Les bonnes âmes chrétiennes de la vieille Europe avaient tellement mauvaise conscience d’en être revenu à l’infâme esclavage que, aidées par les chastes prélats de la très sainte Eglise, elles ont décidé que les noirs seraient des sous-hommes. Au jugement dernier, l’âme était ainsi plus légère. Il y avait certes le péché de gourmandise né du sucre, mais plus du tout celui de l’avilissement de l’homme par l’homme, puisque les noirs n’étaient pas vraiment des hommes. Eh oui, la naissance du racisme envers les noirs est la conséquence de cette nécessité d’une main d’œuvre bon marché pour que nos ancêtres même les plus modestes, puissent goûter au plaisir des sucreries…

Il faudra y penser en ouvrant une papillote ou deux, ou dix, à Noël. Pas trop non plus, il ne faudrait pas gâcher les fêtes avec cette histoire ancienne.

Ancienne ?…