Pourquoi je n’aime pas les mathématiques…

Ça ne rentre pas. J’ai beau y mettre la meilleure volonté du monde, je n’arrive pas à me résoudre à résoudre une équation, fut-elle du second degré. Ce n’est pas faute de l’aimer, ce second degré. Mais savoir qu’il définit un calcul algébrique et voici que je doute de pouvoir en venir à bout.

Je me souviens d’une époque, de plus en plus lointaine, où un simple regard dans ma direction de la part de mon professeur de mathématiques, me liquéfiait. Quel extraordinaire pouvoir dont disposait cet homme-là ! Non pas celui d’être capable de résoudre une équation sur le coin d’un tableau vert, bien que sur ce point aussi, il faisait pour moi, assidu lecteur de « Strange », partie de la communauté secrète des mutants chers à Marvel.

 

Mais non, son vrai pouvoir était ce don incroyable de me faire trembler comme une feuille à peine son regard m’effleurait-il. J’ai vécu des années dans l’incompréhension de cette faculté surprenante. Et bizarrement, chacun de mes professeurs de mathématiques était capable de transmettre son fantastique pouvoir à son successeur de l’année suivante. Je passais mes journées lycéennes à subir ces assauts surréalistes mais personne ne semblait s’en émouvoir. Alors bien sûr, ainsi affaibli par ces attaques insidieuses, mes moyennes s’en ressentaient. Mais que vaut Superman assis sur un bloc de kryptonite ? Je vous le demande…

Et puis un jour, j’ai compris que ces gens-là n’avaient pas plus de pouvoirs surnaturels que leurs collègues professeurs d’histoire, de français ou de sport. Un jour, je me suis rendu compte que je savais pourquoi je me liquéfiais à l’idée saugrenue de vouloir comprendre pourquoi une racine carrée est représentée par un grand « V » et un nombre au carré par un petit « 2 » – notez que je ne parle plus d’équations, c’est bien trop embrouillé pour moi. C’est pourtant lumineux, maintenant que je le sais.

Si cette pratique kabbalistique fait grimper mon stress à des altitudes imprudentes, c’est simplement parce que les mathématiques ne sont pas une opinion. On ne discute pas le résultat d’une fraction. C’est juste ou c’est faux. Pas d’argumentaire, pas de philosophie, pas de controverse. Zéro ou un, basta ! Et ça, pour un gueux de mon engeance, c’est difficilement acceptable. La chose mathématique a quelque chose d’aristocratique qui ne semble pas vouloir adhérer à mon personnage un peu trop terrien.

La géométrie est palpable – tant que les mathématiciens érudits ne s’en emparent pas, bien sûr ; je parle de celle des maçons et des charpentiers -, pas l’algèbre. L’algèbre, c’est de la navigation aux instruments. Mais quand elle est inculquée à un marin d’eau douce qui n’a que ses rames et sa vue pour caboter, et pas le moindre sextant dans son coffre de survie, que peut-il bien en faire ?

Et puis, vous qui lisez ces lignes en vous demandant où vous vous situez sur l’échelle de Descartes, dites-moi donc quand dans votre vie d’adulte, vous avez ressorti la formule « a²+bx+c=0 » ? Allons, soyez honnêtes.

Et dire que c’est ça qu’ils appellent le second degré…