Toutes les voitures électriques, dites-vous ?

Le parc de voitures français passera à l’électrique avant 2030, disent-ils. Terminé les énergies fossiles, vive l’électrique. Soit, ça sentira meilleur.

Vraiment ?

C’est vrai que, vu par le petit bout de la lorgnette du consommateur, c’est séduisant, le tout électrique. Et plutôt économique et sans fumées d’échappement. Bon, il y a toujours les PM 10 des freinages, mais c’est minime (15 à 20% des émanations en PM 10 d’une voiture tout de même) par rapport à ce qui est diffusé dans l’atmosphère aujourd’hui. Mais ce que le consommateur lambda oublie toujours, c’est ce que l’on appelle l’énergie grise ou énergie intrinsèque. Il s’agit la quantité d’énergie nécessaire lors du cycle de vie d’un matériau ou d’un produit : la production, l’extraction, la transformation, la fabrication, le transport, la mise en œuvre, l’entretien puis pour finir le recyclage, à l’exception notable de l’utilisation. Et là, il y a de quoi se lamenter…

Mais voyons déjà la consommation. Une voiture électrique actuelle, de petite taille, consomme environ 10 KWh aux 100 km soit, pour 15 000 km par an, 1500 KW/h. C’est peu. C’est bien. Mais ils ont dit « tout » le parc automobile. Il y a 39 000 000 de voitures en France. C’est beaucoup, hein ! Le problème, c’est que tout ce petit monde mis en branle consommera la modique quantité de… 58 500 000 000 de KW/h, soit 58 500 000 mégawatts/h chaque année. C’est fou, non ?

Autre chose. Un réacteur nucléaire produit en moyenne 7 500 000 MW/h par an. En clair, il en faudrait huit comme celui-là pour absorber la seule consommation des véhicules électriques. Et là, on ne compte pas les millions de touristes qui passent par l’Hexagone chaque année, pas plus que les camions car sinon, il faudrait en rajouter quelques-uns de plus de plus, car le parc nucléaire français ne suffit déjà pas toujours à fournir la consommation hivernale des Français.

Ah pardon, on nous promet aussi 8000 éoliennes à l’horizon 2020, soit une production de 25 000 mégawatts (il en faut 750 pour remplacer un réacteur nucléaire). Une autre donnée, non sans intérêt, la France a promis de fermer dix-sept réacteurs nucléaires pour réduire de 75 à 50% en 2025 la part de l’électricité d’origine nucléaire. Mais17 réacteurs, c’est 12 750 éoliennes de plus ! Face aux 58 millions de mégawatts par heure consommés par nos futurs engins électriques, il va falloir user de miracles pour rouler tout électrique toute l’année sans faire appel au nucléaire, ou occuper chaque mètre carré venté et non construit par des éoliennes…

Et le photovoltaïque alors ? La centrale photovoltaïque de Toul-Rosières et ses 120 hectares plantés de 1,4 millions de panneaux solaires, espère produire 139 gigawatts/heure par an. Là encore, bien loin des 58 500 GW/h par an requis pour nos voitures.

Pour ce qui est de la fameuse énergie grise, quid de la quantité de métaux rares qu’il faut pour la fabrication des batteries (deux par voiture durant leur petite vie, soit 75 millions en moyenne, tous les 10 ans) ? On parle aussi du recyclage de ces 75 millions de batteries dans dix ans… Et tout ça, sans relâcher de fumées dans l’atmosphère ? Sans que des mômes africains de 8 ou 10 ans creusent la terre avec de simples pioches pour extraire des terres rares ? Sans PM 10, PM 5, PM 2,5, etc. si agréables à nos poumons ? Sans la moindre catastrophe nucléaire majeure ?

La voiture électrique c’est bien, mais seulement pour calmer les humeurs du moment et surtout, ouvrir un nouveau marché très juteux pour des tas d’industriels. Pensez, remplacer tout le parc automobile de la planète (estimé à 1180 millions en 2013) à l’horizon 2050, et avant 2030 pour la France : un fantasme de capitaines d’industries à portée de main !

Dans la réalité crue de notre petit Hexagone, même si l’on divise par deux notre parc automobile et même, soyons fous, par trois, on est loin, mais alors très loin, de la panacée pour notre environnement.

Il faut juste en être conscient…